PRINCIPALES MUNITIONS D'ARTILLERIE EN 1914-1918

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Organisation interne d'un obus à balles Français
Evolution des projectiles d'artillerie avant 1914

Organisation des projectiles d'artillerie
La charge propulsive
Amorces et étoupilles
La ceinture
La charge explosive
La fusée

Les obus à balles et à fragmentation
Les obus à mitraille
Les obus à charge arrière
Les effets des obus à charge arrière
Les boîtes à mitraille

Les obus explosifs et de rupture
Les obus explosifs
Les effets des obus explosifs
Les obus de rupture

Les obus spéciaux et à gaz
Les obus universels
Les obus traçants, incendiaires ou éclairants
Les obus à gaz

Les projectiles d'artillerie de tranchée

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Troupes à découvert, abritées dans des tranchées, bunkers en béton ou baraquements en bois, abris profonds, dépots de munitions, bateaux, forts avec cuirassement ou habitations, blindés ou avions, la destruction de chaque type de cible peut exiger un type de projectile spécifique. Et quand c'est pour faire la guerre, l'imagination de l'homme est parfois particulièrement prolifique...



Evolution des projectiles d'artillerie avant 1914

Les premiers canons, apparus bien avant la première guerre mondiale et réellement présents sur les champs de bataille dès la fin du Moyen-Age, ont d'abord lancé des boulets pleins en pierre ou en fonte, ou encore de la mitraille de différentes natures.

On retrouve ainsi en 1273 trace de l'usage d'un canon à poudre par le Sultan arabe Abou-Youssouf, tirant du 'gravier de fer' sur les assiégés de Sidjilmesa ! Dans la seconde partie du moyen-âge, les bombardes de tous calibres se mirent à briser les murs des plus formidables forteresses avec des boulets pleins en pierre ou en fonte, entraînant une réforme profonde des principes des fortifications et annonçant l'avènement des systèmes de type 'Vauban' aux murs obliques.

Vieux modèle de bombe - boulet creux chargé en poudre noire, utilisés avec des tubes lisses de mortiers français de 150, 220, 270 et 320 mmLes projectiles creux, appelés 'obus', toujours sphériques et emplis de poudre ou de matière inflammable apparurent au 17ème siècle. La mise à feu différée de l'explosif interne sur la cible nécessita l'invention d'un nouveau dispositif, appelé 'fusée' qui n'était qu'un simple tube de bois traversant la paroi de l'obus au travers d'un 'oeil', rempli de pulvérain tassé à combustion lente et enflammé par les gaz chauds dans le canon au moment du départ.

Une autre évolution notable apparaît en 1803 quand l'officier britannique Shrapnell inventa l'obus sphérique creux portant son nom, empli de poudre et de billes d'acier, et dont l'explosion en plein vol dispersait une nuée de projectiles sur les adversaires à découvert.

Le 19ème siècle voit évoluer très rapidement les techniques de l'artillerie, dont les canons deviennent progressivement plus précis, plus rapides, plus puissants et de plus longue portée. Ces évolutions nécessitent de profonds changements des projectiles, qui vont passer de la sphère lisse aux engins complexes du début le la Grande Guerre.

On peut résumer sommairement cette évolution au travers des étapes suivantes :




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Organisation des projectiles d'artillerie

A la suite des évolutions sommairement esquissées ci-dessus, les projectiles d'artillerie de 1914 sont généralement organisés comme cet obus Allemand de 7.7cm :


Son pendant Français de 75mm possède la même structure :



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La charge propulsive

Anciennement déversée dans le tube du canon par la gueule, puis tassée avant l'introduction du boulet, la charge propulsive était en 1914 le plus souvent composée soit

  • de 'poudre noire', produisant une quantité importante de fumée - en anglais 'gunpowder'

  • de 'poudre sans fumée', généralement de la poudre de nitrocellulose - en anglais 'guncotton'

  • de grains ou de brins d'un composé de nitrocellulose et de nitroglycérine - en anglais 'cordite'.

Elle était conditionnée soit :
  • en sacs prédosés en tissu ("gargousses"). Dans ce cas il était possible de faire varier la charge pour différentes portées, en jouant sur le nombre ou le type de gargousses.

  • dans des douilles en cuivre ou en laiton (ou plus rarement en acier). La charge était alors de puissance fixe, mais les manipulations plus aisées permettaient un tir plus rapide.

Schéma d'une cartouche complète pour canon de campagne de 7.7cm Allemand Schéma d'une douille d'obusier de 10.5 cm


Plusieurs techniques existaient pour l'assemblage de l'obus et de la charge propulsive :

  • fixée : la douille en métal (cuivre, laiton, et parfois acier, aluminium, ...) qui contient une charge invariable de mélange propulsif est sertie sur l'obus, et l'ensemble est manipulé en une seule pièce, permettant des cadences de tir élevées.

  • semi-fixée : l'obus et la douille sont transportés séparément, mais réunis au moment du tir. La contenance de charge propulsive de la douille peut ainsi être diminuée avant le tir selon les calculs du chef de pièce, ce qui est utile pour les tirs courbes des mortiers et obusiers.

  • séparée : la charge propulsive est introduite dans le tube à l'arrière de l'obus, dans des sacs de toile, et la dernière charge (côté culasse) est contenue dans une douille trapue comprenant l'amorce pour la mise à feu. Ici la charge de matière propulsive peut être encore plus aisément modifiée.

De gauche à droite, munition de MinenWerfer allemand 77 mm, obus allemand de 77 mm explosif, obus allemand de 77 mm fusant, obus français de 75 mm explosif, obus français de 75 mm fusant, douille d'obus allemand de 105 mm à charge séparée


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Amorce ou étoupille

Pour les charges propulsives encartouchées, l'allumage était assuré par une amorce de substance très sensible (par exemple fulminate de mercure) qui se trouvait à la base de la douille, frappée (ou mise à feu électriquement) par un mécanisme intégré à la culasse.

Les charges non conditionnées en douilles nécessitaient l'emploi d'une étoupille à friction, percussion ou électrique, traversant le mécanisme de la culasse ou la base du canon.

Toutes les charges propulsives de 1914 utilisaient de la cordite ou de la poudre sans fumée, plus recommandée pour la furtivité. Certains mélanges propulsifs, plus difficilement inflammables (par ex. poudre B), nécessitaient une charge relais (par ex. poudre noire) mise à feu par l'amorce.




Etoupilles à traction Allemandes pour Minenwerfers

 
Culot de douille de 77 allemand, fabriquée à la Fabrique Nationale de Herstal en Belgique occupée (novembre 1917) - voir amorce à percussion au centre.. Allumeur à friction Français


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La ceinture

La stabilité du vol de l'obus était assurée par un mouvement de rotation autour de son axe (effet gyroscopique, bien connu des physiciens). Ce mouvement était conféré au projectile à son départ par un système de rayures hélicoïdales gravées à l'intérieur du tube du canon et dans lesquelles venaient s'encastrer des encoches imprimées dans une ou plusieurs bandes de métal mou (le plus souvent du cuivre) ceinturant l'obus, ou des tenons du même métal.

Ce principe connut de nombreux développements dans la seconde moitié du XIXe siècle, mais deux méthodes principales s'imposaient en 1914, toutes deux basées sur la technique des 'ceintures' :

  • Dans la grande majorité des cas, pour les canons à chargement par la culasse, la base de l'obus (et parfois son corps) était ceinturée d'une ou plusieurs bandes de cuivre ou de métal mou, de diamètre extérieur égal au diamètre intérieur du tube en fond de rayures. A l'introduction du projectile dans la chambre arrière du tube, celui-ci était forcé dans les rayures hélicoïdales du canon et celles-ci imprimaient des sillons inclinés dans les ceintures. Au moment du tir, l'obus suivait le mouvement des rayures du tube sous l'action des stries de sa ou ses ceintures calées dans les sillons, ce qui lui donnait le mouvement de rotation sur lui-même désiré qu'il conservait ensuite en vol


  • Dans les cas plus rares des tubes rayés à chargement avant (en particulier les minenwerfers Allemands lMW, mMW et sMW), les rayures hélicoïdales du canon étaient moins nombreuses et plus larges, et les sillons inclinés correspondants étaient pré-usinés dans les ceintures des obus. A l'inverse du premier cas, la présence de sillons dans les ceintures de tels projectiles ne permet donc pas de dire au premier coup d'oeil s'ils ont été tirés ou non lorsqu'on en rencontre de nos jours...


D'innombrables fragments de ces ceintures de cuivre peuvent encore être trouvées sur les anciens champs de bataille de nos jours.

Rayures hélicoïdales d'un tube d'obusier Allemand de 15cm sFH02
Obus Allemand shrapnell de 120mm doté de 4 ceintures de cuivre
Schéma d'époque montrant le forcement de la ceinture de l'obus à l'intérieur de la partie rayée du tube. Fragments de ceintures de cuivre


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La charge explosive

La nature des explosifs fit également l'objet d'une évolution. La poudre noire des débuts, facile à faire exploser par une amorce ou même par friction, n'était pas assez puissante et avait tendance à briser les obus en de trop gros fragments qui ne voleraient ni assez vite ni assez loin. Elle était encore en usage en 14/18, mais uniquement avec des munitions et canons anciens ou dans les fusées.

Cette substance fit donc peu à peu place à des substances dérivées de la Nitroglycérine, ingrédient actif de la célèbre dynamite, et en particulier le Trinitrotoluène (TNT). Cette substance agit en détonant plutôt qu'en explosant. La détonation est une réaction beaucoup plus puissante que l'explosion, qui est une réaction de surface se propageant progressivement couche par couche dans les grains d'explosifs, alors que la détonation embrase d'un coup toute la masse de la matière. Mais si la puissance brisante du TNT était de loin supérieure, sa détonation était souvent difficile.

Une substance 'miracle' fut trouvée, qui alliait grande puissance et facilité de détonation. L'acide picrique, appelé 'Mélinite' en France, et 'Lyddite' en Angleterre, ou encore 'Granatfüllung 88' en Allemagne fut utilisé. Toutefois, cette substance était délicate à produire et nécessitait de vernir ou étamer l'intérieur des obus car elle réagissait avec l'acier pour former des picrates instables risquant d'initier l'explosion sous le choc de l'accélération du départ... !

C'est ainsi que les armées revinrent des explosifs réalisant un meilleur compromis entre puissance et stabilité, et nécessitant le plus souvent d'adjoindre aux fusées un détonateur à haute explosivité (parfois appelé gaine-relais), par exemple en France empli de mélinite pulvérulente, et déclenché lui-même par une amorce au fulminate de mercure, activé par la fusée et chargé de faire détoner ensuite la charge principale.

Chaine pyrotechnique Française classique pour la détonation d'obus explosifs de 75mm chargés à la mélinite avec (de gauche à droite) une fusée à percussion de type 24/31, un adaptateur de filetage, une amorce de 2 grammes de fulminate de mercure, et un détonateur (parfois appelé gaine-relais) empli de mélinite pulvérulente.


Différents explosifs furent utilisés pendant la Grande Guerre par les nations belligérantes, dont :

Appellation Allemande
Appellation Française
Appellation Britannique
Type d'explosif
Puissance
Stabilité
Remarques
SchiessPulver
Poudre noire
Gunpowder
Explosif
Modérée
Inflammable, explose sous l'action d'une flamme, d'une amorce ou d'une étincelle.
Utilisé dans les artifices, la pyrotechnie des fusées, et des obus explosifs anciens. Plusieurs variantes de granulométrie et de composition.
Fulminate de mercure
Fulminate of mercury
Détonant
Très élevée
Hautement instable, détone au choc, à la friction ou à la chaleur.
Produit un flash violent mais pas assez chaud et durable que pour enflammer de la poudre ou un explosif détonant stable. Utilisé donc comme amorce dans les fusées ou détonateur dans les obus, mais dans ce cas associé à une gaine-relais d'explosif instable.
Nitroglycérine
Nitroglycerine
Détonant
Très élevée
Hautement instable, détone au choc, sous l'effet de la chaleur ou par décomposition en éléments encore plus instables sous l'effet du soleil.
Utilisé dans la fabrication d'explosifs plus stables et de matières propulsives.
Granatfüllung 88
Acide Picrique ou Mélinite
Picric Acid ou Lyddite (fondu)
Détonant
Très élevée
Instable. Détonne sous l'action d'un souffle, d'une amorce ou d'une étincelle. Forme en particulier des sels (picrates) très instables et auto-explosifs quand en contact avec métaux.
Utilisation classique dans les gaines relais. Détonne encore mieux sous forme refondue et donc plus dense que la forme pulvérulente, sous l'action d'un détonateur.
Füllpulver 02
Tolite ou TNT
Trinitrotoluene ou Trotyl (TNT)
Détonant
Elevée, un peu moins que l'acide picrique
Stable, ne peut détonner par la flamme ni par la chaleur ou réaction avec les métaux. Nécessite un choc direct et puissant, ou l'action d'une amorce (p. ex. de fulminate de mercure)
Füllpulver 60/40
60/40 Amatol
Détonant
Elevée
Stable, mais moins que le TNT
Mélange de 60% de TNT et de 40% de nitrate d'ammonium
Tetryl
Pyronite
Tetryl ou Composition Exploding
Détonant
Plus élevé que l'acide picrique
Instable
Utilisé comme amorce ou relais dans les fusées.



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La fusée

La fusée était le dispositif qui, embarqué avec l'obus, en déterminait le moment de l'explosion en vol (fusée fusante ou à fusée à double effet), au contact d'une cible (fusée percutante) ou après pénétration dans celle-ci (fusée percutante avec retard). La variété des obus employés et les différents effets recherchés, conjugués avec l'évolution technologique ou économique des années de guerre, créèrent les conditions d'une multiplication impressionnante des modèles pour chaque nation belligérante.

Fusée Allemande à double effet (fusante et percutante) Dopp Z 92. La coupe permet de voir les organes internes de ce dispostif mécanique et pyrotechnique sophistiqué.

Les 'types principaux de fusées' en usage pendant la Grande Guerre et les 'modèles de fusées utilisés par différentes nations' font l'objet de rubriques spécifiques et très détaillées de ce site auxquelles l'on peut accéder facilement en cliquant sur ces liens.


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Les obus à balles et à fragmentation

Les obus à balles constituaient en 1914 les munitions principales de l'artillerie de campagne. Destinés à exploser au-dessus des formations ennemies par l'usage d'un mécanisme de mise à feu spécifique (fusée à temps) , ils dispersaient une gerbe mortelle de fragments et de balles tout en produisant un nuage de fumée qui permettait aux artilleurs de régler leur tir.

On distinguait principalement en 1914 deux types d'obus à balles : les obus à mitraille, et les obus à charge arrière, plus modernes.

La plupart de ces munitions et leurs fusées (à temps) associées avaient quasiment disparu des champs de bataille à la fin du conflit. Elles furent remplacées par des obus explosifs avec fusée instantanée, plus simples à fabriquer, ne nécessitant pas de réglage oar des canonniers de moins en moins expérimentés, et bien plus efficaces en particulier contre des troupes faiblement retranchées.

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Les obus à mitraille

Schéma de l'obus à mitraille du canon français de 95

Les obus à mitraille équipaient encore les vieux canons de Bange de 80, 90, 95, 120 et 155 mm en 1916. Composés d'un épais culot en acier dans lequel des logements de balles ont été usinés, sur lequel reposait un empilage de galettes alvéolées en fonte et fragilisées pour une meilleure fragmentation, et de billes en plomb, surmonté d'une tête-ogive creuse comprenant la charge explosive reliée à la fusée, le tout était serti dans une enveloppe en acier de fine épaisseur, embouti.

Le choc du départ fragmentait les plateaux de fonte, et l'explosion en plein vol de la charge d'ogive disloquait la fine enveloppe, dispersant les fins morceaux de fonte et les balles en plomb dans toutes les directions, mais en faible nombre, avec une vitesse relativement faible et un nuage d'éclatement peu visible. Seule la bonne compacité de l'ensemble était un avantage et faisait aussi de ce projectile une arme convenable par sa simple inertie pour la destruction d'abris non renforcés.

Culot d'un obus à mitraille de calibre approximatif de 120 mm, avec logements usinés pour balles, rempli de balles en plomb, et arrière concave de culot d'un obus à balles de calibre 90 mm
Schéma de l'obus à mitraille du canon français de 95


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Les obus à balles à charge arrière

Les obus à charge arrière agissaient comme de véritables canons volants. La même organisation générale avait été adoptée par tous les belligérants. Par exemple, dans le cas de l'obus à balles du canon Français de 75 (7.240 kg), le corps d'obus était réalisé en une seule pièce d'acier embouti, cylindrique. Sa base comportait des parois plus épaisses pour accueillir la chambre à poudre arrière dans le culot (100 g de poudre noire).

Cette chambre était fermée par un diaphragme inférieur en acier, au dessus duquel étaient placées les 250 balles en plomb durci à l'antimoine, prisonnières d'une résine spéciale ('collophane') pour une bonne fixité. Un diaphragme supérieur en acier fermait le cylindre, sur lequel était vissée l'ogive portant la fusée. Un tube en acier doux traversait l'obus de part en part suivant son axe, mettant en communication la queue de la fusée (par une sorte d'entonnoir appelée 'Tulipe') et la chambre à poudre du culot.

Lorsque la fusée commandait, en plein vol, l'explosion de l'obus, le tube central communiquait l'impulsion à la charge arrière qui, explosant, faisait sauter l'ogive, et poussait violemment sur le diaphragme, propulsant les balles vers l'avant, avec une vitesse supérieure à celle de l'obus. La gerbe de balles était donc ellipsoïdale, arrosant une zone de près de 300 m de long sur 25 m de large (voir le schéma ci-dessous).

La combustion de la résine au moment de l'explosion de l'obus en vol produisait un nuage bien visible qui permettait aux artilleurs de régler leur tir en pointage et en portée.

Munition classique de l'artillerie de campagne en 1914 mais peu adaptés à la guerre de positions, les obus à balles furent de plus en plus souvent remplacés par les obus explosifs équipés de fusées spécifiques. Ils disparurent des arsenaux entre les deux guerres mondiales.

Culot (chambre à poudre) de l'obus à balles du 77 allemand, cassé au niveau de la diminution d'épaisseur des parois. Trouvé en Artois.
Schéma de l'obus à balles à charge arrière du canon français de 75 Ogive supérieure d'un obus à balles allemand de 105mm trouvée en Champagne. On distingue plusieurs balles encore enchassées dans la collophane, et au centre le reste de la tulipe.


   
 

Organisation interne d'un obus à balles Français

 


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Les effets des obus à balles à charge arrière

 

Effets d'un obus shrapnell à charge arrière :

 
   
 

La fusée déclenche l'explosion en plein vol, la charge arrière projette les balles vers l'avant, qui arrosent une zone elliptique au sol à l'avant de la trajectoire. Utilisation anti-personnel sur une grande zone, mais peu efficace si abrité dans de profondes tranchées.

 
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Les boîtes à mitraille

Les boîtes à mitraille (en anglais : 'canister shots' ou 'case shots'), étaient destinées à la défense rapprochée. Il s'agissait le plus souvent d'une boîte cylindrique en zinc ou laiton, aux parois fines, fermée à la base et en tête par des moyens rudimentaires, et remplie de balles de plomb plus massives que celles des obus à balles.

Cette munition se déchirait dans l'âme du canon sous l'effet du tir, envoyant à bout portant sa gerbe de balles. Pendant la grande guerre, les canons ayant besoin de produire un tel effet et disposant d'obus à balles se passaient aisément de ce genre de dispositif, les fusées pouvant être réglées pour déclencher le 'tir à mitraille' dès la sortie de la bouche à feu.

En conséquence les boîtes à mitraille furent relativement peu utilisées pendant ce conflit, à l'exception des besoins de défence rapprochée des canons de forteresse ou d'infanterie.

Schéma de la boïte à mitraille du canon de 90mm Français.
  Obus à mitraille du canon français d'infanterie de 37
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Obus explosifs

Les obus explosifs et de rupture avaient été conçus pour se détruire en heurtant leur cible (ou en vol pour certains obus explosifs) sous l'action d'une forte charge explosive interne. Leurs parois épaisses fournissaient des éclats destructeurs, et l'explosion de la charge un effet de choc beaucoup plus important que celui des obus à fragmentation.

Les obus explosifs

L'organisation générale d'un tel obus était elle aussi plutôt classique. Prenons de nouveau comme exemple l'obus explosif du canon de 75 français. Il s'agit cette fois d'un obus en acier forgé, d'une seule pièce du culot à l'ogive, aux parois encore un peu plus épaisses, et muni à son extrémité supérieure d'un trou fileté pour y loger la fusée. L'obus pesait 5,300 kg, et était rempli de 850 g de mélinite. Cet explosif corrodant l'acier, l'intérieur de l'obus était vernis ou étamé (les produits de la corrosion étant susceptibles de déclencher une explosion !).

Dans certains cas, comme par exemple celui de la plupart des obus Allemands de fort calibre, les projectiles explosifs étaient composés de plusieurs pièces assemblées, le culot étant vissé à l'arrière de l'obus et portant la fusée de culot. Dans certains obus explosifs Allemands de calibre faible et moyen, c'était l'ogive qui pouvait être vissée au corps de l'obus.

Les effets de ces projectiles étaient redoutables et pouvaient varier selon le type de fusée employé (voir la section plus bas). Les éclats qu'il projetaient allaient d'une taille minuscule suceptible de pénétrer profondément dans le corps humain à de gros fragments capables d'arracher un membre ou de hacher littéralement un homme... Les éclatements souterrains (avec fusée à retard) retournaient le sol et créèrent ce paysage lunaire si caractéristique des photos d'époque, et encore bien visible un siècle après..

Au fur et à mesure du conflit, les obus explosifs remplacçèrent peu à peu les obus à balles, étant capables de remplir toutes les tâches nécessaires grâce à l'emploi de fusées spécifiques, y compris l'explosion en vol à des fins anti-personnel.


Obus expolsif Français de 75 défectueux. L'organisation interne est bien visible avec la fusée percutante, la gaine relais, le corps à parois épaisser d'acier, et la ceinture en cuivre.
Schéma de l'obus explosif du canon français de 75. Eclat d'obus explosif, provenant de l'ogive. Imaginez les effets d'une telle pièce lancée à toute vitesse vers un homme... (trouvée en Artois)

Les effets des obus explosifs

Effet d'un obus explosif muni d'une fusée percutante sans retard :

Effet d'un obus explosif muni d'une fusée percutante avec retard :

La brusque décélération de la fusée au contact de la cible ou du sol déclenche son mécanisme, qui fait exploser l'obus pendant qu'il pénètre l'obstacle. Création d'un entonnoir au sol et dispersion d'éclats en surface. Utilisation 'universelle' anti-personnel et contre les retranchements.

La brusque décélération de la fusée retardée au contact de la cible ou du sol déclenche son mécanisme, dont l'effet est retardé quelques centièmes de secondes afin de faire exploser l'obus après qu'il ait pénétré l'obstacle. Création d'un profond entonnoir au sol, peu d'éclats en surface. Utilisation spécifique pour la destruction d'obstacles ou d'ouvrages.



Effet d'un obus explosif muni d'une fusée percutante instantanée :

Effets d'un obus explosif muni d'une fusée à temps :

La brusque décélération de la fusée instantanée (positionnée très en avant de l'obus) au contact de la cible ou du sol déclenche son mécanisme. Ceci fait exploser l'obus avant qu'il ait eu le temps de pénétrer l'obstacle. Nombreux éclats en surface, pas ou peu d'entonnoir. Utilisation spécifique en anti-personnel ou en destruction de barbelés.

La fusée déclenche l'explosion de l'obus en plein vol, les éclats sont projetés surtout perpendiculairement à la trajectoire. Utilisation anti-personnel sur une zone limitée, mais efficace contre les ennemis abrités dans de profondes tranchées si l'explosion a lieu à la verticale de celles-ci.

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Les obus de rupture

La mission première confiée aux obus de rupture était la destruction de blindages. Employés avec des canons de gros calibre, ils étaient utilisés particulièrement dans la marine pour la destruction des coques de bateaux de guerre cuirassés.

Ce type d'obus possédait une ogive pleine et en métal durci, ainsi que des parois très épaisses. Ces caractéristiques lui conféraient un bon pouvoir de pénétration dans la cible, une fusée retardée (interne ou vissée au culot) le faisant exploser une fois le blindage traversé.

Ce type de concept fut étendu aux canons de l'Armée de Terre, pour la destruction de massifs bétonnés par des canons et obusiers lourds sous les effets conjoints de choc et de mine, mais aussi plus tard aux canons de campagne pour la lutte anti-chars.

Si les parois d'acier étant beaucoup plus épaisses, leur charge en explosif était proportionnellement moins importante que celles des obus de plus faible calibre (10 à 12 % de poids d'explosif par rapport au poids de l'obus, pour 16 à 30 % pour les calibres 75 à 220 mm).
La fusée était le plus souvent vissée au culot du projectile, et non en tête d'ogive. Comme dans le cas des obus explosifs Allemands de gros calibre, les culots étaient le plus faits d'une pièce séparée, vissés au corps principal de l'énorme obus.

Enfin, une attention plus importante était accordée à leur aérodynamisme, au vu de leur poids et des longues portées, donnant parfois lieu à l'emploi d'une fausse ogive effilée en tôle fine.

Schéma d'obus d'artillerie lourde Française et Autrichienne, à parois renforcées, tête pleine et culot vissé avec oeil de fusée de culot.

Obus français de 400 mm, poids 900 kg. (Mémorial de Verdun)

Culot à pas de vis d'un obus allemand d'artillerie lourde, de calibre vraisemblable 380 mm. (Mort Homme - Verdun)



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Obus spéciaux et à gaz

Des projectiles spécialisés furent employés pendant toute la durée du conflit. la liste serait longue s'il s'agissait d'être exhaustif dans leur énumération, mais certains d'entre eux resteront à jamais sinistrement célèbres.

Les obus universels

Les conflits du début du XXe siècle et les théories des états-majors démontraient ce qui allait devenir une évidence dès les premiers mois de la Grande Guerre : le besoin croissant d'obus de canons de campagne plus puissants que les obus classiques shrapnel, qui se montraient à peine à la hauteur pour la destruction d'abris légers en bois, terre ou brique en mode percutant. C'est dans cet objectif que l'armée Allemande développa avant guerre un 'obus universel' ('Einheitsgeschoss') et l'utilisa pendant les première partie du conflit.

Cet obus était organisé comme un obus à balles à charge arrière, mais dans lequel la résine entourant les billes était remplacée par du TNT, décuplant l'effet explosif. Comme beaucoup de compromis techniques, ce projectile ne donnait toutefois pas entière satisfaction ni en tant qu'obus à balles, ni en tant qu'obus explosif, et fut donc graduellement abandonné. Il nécessitait de plus une fusée particulièrement perfectionnée ('KZ11' ou 'HZ05') capable de commander les multiples fonctions de la munition. Les Français firent la même expérience, tout aussi décevante, avec leurs 'Obus Robin'.

Schéma de l'obus universel Allemand.


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Les obus traçants, incendiaires ou éclairants

Les obus traçants (en anglais 'tracer shell', en Allemand 'Lichtspurgranate'), étaient remplis d'une matière fusante à combustion régulière (par exemple un mélange de nitrate de baryum et de magnésium), ou de phosphore et leur ogive etait percée de trous pour laisser s'échapper les flammes en plein vol. Ces obus laissaient un panache de fumée (et de lumière, de nuit) indiquant leur trajectoire utiles entre autres pour le réglage du tir sur objectifs aériens. Ces obus avaient également des propriétés incendiaires qui convenaient bien à la destruction de dirigeables.


Les projectiles incendiaires (en anglais 'incendiary shell', en allemand 'Brand Granate'), remplis de matière brûlant lentement mais intensément, par exemple de la toile goudronnée et du poussier de poudre brûlant près de 2 minutes, ou un mélange en sacs de mèches de goudron et de magnésium dans de la poudre noire. Ces éléments enflammés étaient envoyés plusieurs mètres autour de l'explosion dans toutes les directions. Il est à noter que tous les obus ayant une charge de poudre noire avaient aussi des propriétés incendiaires.


Les obus fumigènes (en anglais 'smoke shell', en allemand 'Rauchentwickler Granate'), semblables aux obus explosifs mais chargés d'une composition à base de phosphore, ou d'anhydride sulphurique, ils émettaient pendant quelques minutes après avoir heurté le sol un épais nuage de fumée destiné à masquer les mouvements des troupes amies à l'ennemi.


Les obus éclairants (en anglais 'star shell', en allemand 'Leuchtgeschoss'), simple enveloppe renfermant des 'étoiles' de feu d'artifice souvent à base de magnésium, chassées vers l'arrière de l'obus par l'explosion d'une petite charge de poudre déclenchée par une fusée à temps, et descendant lentement, souvent freinées par un parachute, en éclairant le paysage et les positions ennemies.

Schéma de l'obus traçant de 75 Français. Schéma de l'obus éclairant de 10 Pdr Britannique.




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Les obus à gaz

Les obus à gaz, lacrymogènes ou suffocants étaient basés sur le même genre de principe que les obus incendiaires, mais libéraient des matières toxiques ou irritantes en heurtant le sol. Ces obus étaient souvent composés d'un système à double enveloppe : l'enveloppe interne, contenant le produit agressif, pouvait être en verre, ou en acier de fine épaisseur.


Dans d'autres types de design, le produit toxique était conditionné dans une bouteille de verre qui se brisait à l'arrivée au sol, en même temps que l'enveloppe de l'obus qui le transportait.

L'emploi de ces obus nécessitait le plus souvent une 'fusée instantanée', afin que l'explosion ait lieu en surface.

voir cet excellent site web pour une présentation précise de l'histoire et des matériels de la Grande Guerre des Gaz 'La Guerre des Gaz'

Schéma de l'obus à gaz à croix jaune de 77 Allemand. Liquide toxique en contact direct avec les parois de l'obus. Schéma de l'obus à gaz à croix bleue de 77 Allemand. Liquide toxique contenu dans une bouteille de verre.


Bouteille en verre d'obus à gaz Allemand La brusque décélération de la fusée (positionnée très en avant de l'obus) au contact de la cible ou du sol déclenche son mécanisme. Ceci fait exploser l'obus avant qu'il ait eu le temps de pénétrer l'obstacle. L'explosion de faible puissance détruit les récipients contenant les produits toxiques et crée la nappe de gaz.


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Projectiles d'artillerie de tranchée

L'évolution rapide des opérations en guerre de positions entraînèrent le développement rapide et quasi improvisé de l'artillerie de tranchées, dont le rôle était d'envoyer une forte charge explosive à faible distance, sous incidence presque verticale. Ces nombreux types de mortiers de tranchée, génériquement nommés 'Crapouillots' chez les Français, 'Trench Mortars' chez les anglais, et 'Minenwerfers' ou 'Ladungswerfers' pour les allemands, envoyaient des projectiles variés à faible vitesse initiale.

De ce fait nettement moins sollicitées mécaniquement que les obus par les plus faibles accélérations de départ, ces bombes pouvaient se contenter de minces parois en acier, et consacrer la plus grande partie de leur volume au transport de considérables quantités d'explosif puissant, qui représentait jusqu'à 50 à 60 % du poids total !

On comprend mieux que de telles charges aient été capables de niveler des dizaines de mètres de tranchées, et d'anéantir ou du moins terroriser leurs malheureux occuppants.

Beaucoup des canons de l'artillerie de tranchée n'étant pas rayés, la stabilité en vol était le plus souvent assurée par des ailettes, dont l'effet était suffisant grâce aux faible vitesses. Dans ces cas la bombe s'introduisait entièrement, avec ses ailettes dans le tube, ou bien c'était une queue cylindrique soudée à l'arrière de la bombe qui était insérée dans le tube du mortier (cas des mortiers de 58 mm français, avec plusieurs variétés d'obus

Dans d'autres cas, et en particulier pour les puissants minenwerfers réglementaires Allemands, les tubes des pièces possédaient des rayures hélicoïdales, et les projectiles, dotés de ceintures pré-rayées, étaient chargés par la bouche.

Au fur et à mesure du conflit, cette arme évolua peu à peu vers les mortiers d'infanterie et la frontière avec les dispositifs lance-grenade devint souvent floue. L'aboutissement de ces développements (dont certains utilisaient des gazs comprimés plutôt que des explosifs comme charge propulsive) fut atteint par le fameux mortier Stokes Anglais.

Divers projectiles de canons d'artillerie de tranchée Français, empennés ou rayés.

Collection de projectiles d'artillerie de tranchée Allemands, exposant bien la diversité des engins employés dans l'improvisation (tableau du haut) en plus des projectiles classiques des puissants Minenwerfers réglementaires (tableau du bas).




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